L'édito

L'histoire récente et mouvementée de la formation des radios et des télévisions...

 

Lors des "Trente Glorieuses", la formation dans l'audiovisuel comme dans les autres secteurs de l'activité économique avait pour mission d'adapter les employés aux évolutions technologiques. Jusqu'au début des années 1980, il fallait simplement enseigner aux personnels les nouveaux mode d'emploi. Guère plus. Parfois aussi la formation accompagnait l'évolution de carrière comme dans le secteur secondaire, les signatures, même tardives, des protocoles d'évolution de carrière dans certaines chaînes sont significatifs.

Avec l'arrivée des nouvelles technologies vidéo et surtout l'arrivée de la Bétacam au début des années 1980, les services formation ont eu pour objectif de préserver l'activité de dizaines et de centaines d'employés dans les laboratoires, de reconvertir les assistants, les preneurs de sons... Il n'existait pas d'enjeux stratégiques mais une mission avant tout sociale. Il fallait sauver les emplois.

Il y a une quinzaine d'années, le numérique a "irradié" l'ensemble des process techniques, humains et administratifs. Là il s'agissait, et il s'agit encore, de former les personnels pour les adapter à une logique et à des méthodes de travail totalement innovantes.

Aujourd'hui toutes ces composantes se superposent. Aucune ne s'est substituée à l'autre. Il faut toujours adapter les personnels, intégrer de nouveaux outils et préserver malgré tout l'emploi...

Mais la marche n'est pas finie...le champ d'activité des départements formation comme celui des universités d'entreprise s'oriente vers de nouveaux objectifs. La formation devient un des rouages les plus importants du développement des entreprises.

Deux éléments nous permettent d'apprécier cette nouvelle dimension. Les outils numériques sont de moins en moins coûteux. Le prix des caméras, du matériel de montage, de mixage connait une baisse constante depuis une dizaine d'années. En revanche la maîtrise de ces matériels est de plus en plus onéreuse. Les fabricants font payer au prix "fort" la formation adaptée à ce matériel. Une base minimale d'usage est fournie avec la livraison. Pour en savoir plus et maîtriser à 100 % le potentiel d'un banc de montage par exemple il faut dégager un budget supplémentaire... Les entreprises sont obligées de faire de la formation de formateurs et de développer des structures internes de transmission des savoirs et des savoir-faire.

Deuxième élément, pour affronter la concurrence il faut travailler vite et être créatif. Le seul moyen de se préparer à cette nouvelle exigence est de disposer d'experts et d'espaces internes dédiés à la formation au sein même des entreprises. La BBC a ouvert la voie il y a une dizaine d'années avec son centre "C and R" de Bristol, son site web "collège créatif", les télévisions européennes francophones en Suisse comme en France se sont associées à des expérimentations de nouveaux programmes jouant parfois le rôle des départements "Recherche et Développement" dans l'industrie.

Lors de ma mission en Chine auprès de la toute jeune télévision "Southern TV" de Canton (Guangzhou), en mars 2009, j'ai été frappé de voir à quel point les responsables hiérarchiques comme les employés sont sensibilisés à cette dimension stratégique. Pour eux la formation est devenue un investissement central dans le développement de leur réseau. Pour les Chinois ne pas se laisser doubler par la concurrence signifie être le mieux formé possible.

Ainsi la tâche des responsables de formation est de plus en plus complexe... et motivante. Il faut combiner toutes ces composantes, accompagner la carrière, adapter aux nouveaux outils, anticiper les évolutions, et être au cœur des combats stratégiques. Pour résumer: être dans l'avant-garde tout en étant présent pour que personne ne soit oublié au bord du chemin de l'innovation...

Didier Desormeaux