Tournage avec drone : entre créativité et contraintes



Les drones sont partout dans les magazines télévisés. Offrant des possibilités de prises de vues impressionnantes, leur usage favorise l’émergence de nouvelles formes d’écriture audiovisuelle. Mais les contraintes restent importantes.

La séquence semble avoir été filmée par un oiseau : la caméra filme tout d’abord à hauteur d’homme puis entame une ascension vertigineuse le long d’une gigantesque antenne de télétransmission, pour se stabiliser à plus de 460 mètres du sol. Elle suit ensuite au plus près les gestes acrobatiques d'un techniciens chargé de la maintenance.

Cette vidéo figure parmi des centaines d’autres disponibles sur YouTube. Toutes témoignent de l’engouement pour l’utilisation de drones avec caméras embarquées dans de multiples situations de tournage. Sur les chaînes de télévision du monde entier, on ne comptent plus les magazines tournés en extérieur qui proposent des reportages incluant des séquences tournées en altitude.

Une journée de drone pour le prix d'une heure d'hélicoptère

Performances accrues des aéronefs télécommandés, caméras toujours plus légères, télépilotes de mieux en mieux formés : les tournages avec drone sont devenus les figures imposées de tout réalisateur souhaitant donner plus de respiration et de hauteur à un sujet.

L’outil est précieux pour présenter au téléspectateur le détail d’une architecture, telle cette flèche de cathédrale qu’aucun hélicoptère ne pourra jamais approcher d’aussi près. A un tarif très abordable en plus : un drone et son pilote coûte jusqu'à 2000 € la journée, soit le prix d’une heure d’hélicoptère !

Simple effet de mode ou nouvelle écriture télévisuelle ?

En France, c’est le magazine Des racines et des ailes qui a été l’un des premiers à adopter le tournage avec drone. Tirant parti de la vision subjective sans pareille qu’offre l’outil, l’émission a contribué à une nouvelle écriture télévisuelle, qui immerge le téléspectateur dans le sujet.

Toutefois, ces dispositifs de tournage ne font pas l’unanimité, pour plusieurs raisons. Certains réalisateurs pointent un effet de mode. D’autres craignent que les effets époustouflants desservent le propos et perturbe la ligne éditoriale. La technique aussi à ses limites, même si des améliorations sont apportées chaque jour aux matériels : des défauts de stabilité nécessitent souvent des traitements de l’image en postproduction, générant des délais et un coût plus important.

Des contraintes réglementaires nombreuses

Enfin, la réglementation est une contrainte importante. En France, le télépilote doit être titulaire d’un brevet théorique de pilote ULM et d’un agrément de la Direction générale de l'aviation civile). Il doit disposer d'une autorisation de survol pour les agglomérations, qui nécessite parfois plusieurs semaines avant de l’obtenir. France Télévisions a choisi de ne travailler qu’avec des sociétés de production satisfaisant à ces critères.

La France n’est pas le seul pays tatillon en matière d’utilisation de drones. Tous les pays de la communauté européenne ont adopté une ligne de conduite similaire. Outre-Atlantique, le Canada a adopté une réglementation analogue, incluant une demande obligatoire à Transports Canada pour obtenir un certificat de vol spécialisé.

Aux USA, un examen tous les deux ans

Les Etats-Unis sont encore plus sourcilleux . Le télépilote doit avoir au moins 17 ans et passer un examen tous les deux ans. Aucun pilotage d’engin n’est autorisé hors du champ de vision du télépilote.

Même si les réglementations semblent évoluer vers plus de souplesse pour les professionnels, elles restent très contraignantes pour l’utilisation de drones dans des reportages d’actualité. Les vues d’oiseaux restent pour l’heure l’apanage des magazines documentaires.

© mai 2015 Fortef/Jean-Dominique Dalloz