Les chaînes publiques francophones investissent le transmédia

En coproduisant d'ambitieux documentaires hybrides mêlant diffusion télévisée et prolongements sur internet, les chaînes publiques francophones sont à la pointe de nouvelles formes d'écriture. Objectif : séduire de nouveaux publics, à commencer par les jeunes.

"Un coin reculé de 36.000 âmes et 13 prisons, dont «Supermax», la nouvelle Alcatraz américaine. Une ville-prison où même ceux qui vivent dehors vivent dedans." En 2010, le webdocumentaire Prison Valley a captivé près de 400.000 internautes, qui ont découvert une véritable industrie pénitentiaire au cœur du Colorado.

Réalisé par Philippe Brault et David Dufresne et produit par Arte et Upian, Prison Valley a marqué l'avènement d'un nouveau genre hybride, associant web et télévision et misant sur la participation des internautes, qui pouvaient interagir tout au long des webdiffusions.

Une coproduction de plus de 600.000 €

Plus récemment, l'ambitieux Do Not Track a lui aussi été conçu comme une série documentaire participative. A la fois diffusé sur Arte et prolongé sur le site de la chaîne, le programme a judicieusement tiré partie du couplage web/tv, offrant aux internautes de nombreux contenus sur le thème de la protection de la vie privée à l'heure du tout numérique.

Véritable enquête transmédia, Do Not Track bénéficie d’un confortable budget (plus de 600.000 €). Si l’on retrouve Arte et Upian à l’origine du projet, la production est internationale et associe l'Office national du film (Canada), Bayerischer Rundfunk (diffuseur public allemand du groupe ARD), Radio-Canada , la Radio Télévision Suisse et AJ+ (application mobile du service de l’innovation d’Al-Jazeera).

Un public plus large et surtout plus jeune

La dimension internationale de ce type de production ouvre les webdocumentaires à un public élargi, souvent plus jeune. Les séries ne dédaignent pas utiliser les codes de la fiction et du jeu vidéo pour séduire des générations biberonnées au numérique. Les auteurs développent également de nouvelles formes d’écriture, qui prennent en compte la dynamique collaborative des réseaux sociaux.

Avec des thèmes centrés sur l’écologie, la cybersurveillance ou la malbouffe, les webdocumentaires s’affranchissent des frontières culturelles encore rigides de certains formats strictement télévisés. Ils vont aussi plus loin dans l’implication des publics en leur proposant de contribuer à des compléments d’enquête sur internet.

Equipes pluridisciplinaires et nouvelles écritures

Côté métiers, ces nouvelles créations voient cohabiter des scénaristes, des journalistes de télévision et de presse écrite et des spécialistes du web. Des équipes qui travaillent loin des pesanteurs de certains “europuddings” télévisés, affadis par de multiples compromis juridiques ou formels.

Toujours à la manœuvre, la société de production Upian lancera en 2016 un documentaire multimédia encore plus important autour de Génération quoi ? une étude collaborative sur les 18-34 ans lancée avec France 2 en 2014. Élargie à toute l'Europe, la websérie sera diffusée sur le site des chaînes publiques d'au moins quinze pays.

© mai 2015 Fortef/Jean-Dominique Dalloz